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10.11.2007
La bataille de la République
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Lille, plein centre-ville.
Ils sont là, l'un face à l'autre. Se toisent et se défient. Pour rien au monde, jamais, ils ne lâcheraient une miette de terrain. Le centimètre carré se mue en continent, et le pavé en univers.
Ils sont là, l'un face à l'autre depuis un siècle, prenant à témoin chalands et échalas dans leur guerre de position. Deux vieux généraux inflexibles. D'un côté l'ionique droiture préfectorale, de l'autre le flamboyant corinthien des Beaux-Arts.
Ah, ce qu'elle vaut cher cette République! Pourtant personne n'y reste. On passe, mais on ne lambine pas. Il y vente, il
y pleut. A peine le temps ne nouer son écharpe, à peine le temps de rallumer son mégot. Le froid enveloppe, la pluie détrempe. Et puis les deux autres, là, qui se défient, face à leur place vide, trop heureux du no man's land qu'ils ont créé. La République, une diagonale du vide sous forme de rectangle.

Ils sont là, l'un face à l'autre, à la vouloir, à la désirer, à s'y défier. Préfecture et Palais des Beaux-Arts, comme deux conceptions antonymes de l'espace.
Ils semblent bien immobiles du haut de leurs colonnes. Mais l'un des deux avance. Doucement. Les beaux-arts ont pris position au milieu de la place, avec la fontaine. Ils ont placé leurs stalagmites sans grotte, menhirs de ciment loupés plantés dans l'eau glacée. Et puis il y a eu l'amphithéâtre. Cratère de béton délaissé du moindre dramaturge, juste sous les fenêtre préfectorales. Défiance.
Mais elle tient bon, la préfecture, derrière ses grilles et dressée d'antennes. Elle tient bon, en attendant le prochain affront.
13:50 Publié dans Lille et la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Lille, place de la République



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