17.02.2008

Le jour où la Constitution s'évapora

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Versailles 

C’était un jour sans vent, sans nuage et sans soleil. C'était un lundi. Les Représentants du peuple s’étaient donnés rendez-vous dans un château, symbole immortel de l'absolutisme, de la royauté, de l’arbitraire. Ils s’étaient donnés rendez-vous pour aller en Congrès, pour défaire à quelques centaines ce que plusieurs millions avaient construit. Ils s’étaient donnés rendez-vous à l’abris, derrière la police, et de lourdes barrières.

Une monarchie élective dites-vous ? Parlement, chambre d’enregistrement ? Ne soyez pas si eurosceptique.

Eurosceptiques, certains le sont et l’assument pleinement.

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De-ci, de-là, des drapeaux. Pas les mêmes, mais ce jour là, tous des sans-culottes à l'assaut de Versailles. A gauche, les Besancenot, les Bové, les Mélanchon. A droite, les Couteau, les Dupont-Aignan. Communards et Versaillais. Entre les deux clans, une avenue, et la police.

 

Le leader du MPF à Paris, Paul-Marie Couteau, a pu recruter quelques fidèles dans la ville du Roi soleil. En guise de tribune, une motte de terre. ed9b7a2c5ac48b550c42590c3f0f09b6.jpg

« Les République finissent toujours mal en France. »

Selon lui, tous les parlementaires votant oui devraient finir en prison.

« L’histoire retiendra leur nom ». A défaut de son non. « Nous allons en publier la liste. »

« Ce qui est foulé au pied, c’est la souveraineté nationale et la démocratie. Or, il n’y a pas de démocratie sans souveraineté nationale. »

 

On hisse les drapeaux, on acclame son pays, et chose surprenante, on décide d’aller rejoindre les copains de gauche.

 

Une petite pause devant le monument aux morts, minute de silence, Marseillaise. Nicolas Dupont-Aignan, arrivé en retard, prend le train en marche.

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« Vous lavez le déshonneur de mes collègues. Je ne suis pas là pour trahir le peuple, mais pour le respecter. C’est un triste jour, mais le début d’une renaissance. Non, nous ne pouvons pas accepter ce coup d’Etat. »

 

Les drapeaux sont frappés de la croix de Lorraine, ici ou là on entend :« Vive la France libre ! ». Ils se posent en derniers résistants. Au MPF, certains se sont grimés en révolutionnaires, mode 1789, ont mis leurs drapeaux tricolores en berne. Chacun joue sur ses références.

 

Les gauchistes, donc. Impossible de les rejoindre. La police veille. En bon général, Paul-Marie Couteau connaît le champ de bataille. « On va passer par le Monoprix ». Un raccourci qui permet de passer sous un pâté de maison, et d’éviter le cordon de CRS. Ni une, ni deux, il amène ses troupes derrières lui, les forces de l’ordre sont dépassées.

 

Le magasin est envahi. Une marée de bleu, de blanc, de rouge. Des dizaines de drapeaux au milieu des soutiens gorges et des mamies souverainistes heureuses d’un petit moment de folie.

La troupe arrive à quelques centaines de mètre de la gauche. Mais on dira ce que l’on voudra, un CRS, même harnaché comme un chevalier, cela court tout de même plus vite qu’un groupe de retraités.

Et c’est l’arroseur arrosé. Ils sont encerclés, et, il faut bien le dire, horrifiés par les méthodes de la police. Pris d’un réflexe patriotique, ils entonnent : « La France aux Français ! »

30.01.2008

Petite courtoisie policière

Extrait d’un reportage de France 3


podcast

Ce matin les taxis manifestaient dans toute la France. Ils étaient donc 200, du côté de Lille, selon la chaîne d’information régionale.

Pendant ce temps là, les CRS, eux patientaient, autours de la place de la République. Evidemment pas avec un dispositif aussi imposant que lors du déplacement de Nicolas Sarkozy, mais la place était tout de même cernée de fourgonnettes blanches et bleues. Au point de se demander qui manifestait.

Sur le pied de guerre depuis le petit matin, le temps a dû être long pour les gardiens de la sécurité publique. Très long. Au point que l’un d’entre eux, peu après 13h, sorte en trombe de son véhicule, furibond. L’objet de sa colère : deux personnes fumant des cigarettes roulées.

 « Faut pas se gêner ! », se saisissant des dîtes cigarettes, rouge de colère.

« C’est du tabac » rétorquent les autres.

« Dans le doute ! », il jette les roulées par terre, dans l’eau stagnante, repart le pas décidé vers sa camionnette où il s’enferme.

Abus de pouvoir ?

 Voici ce qui précise le Guide paratique de la déontologie dans la police nationale, évoqué sur raidh.org

 « La relation entre la police et le public s’établit quotidiennement à l’occasion de multiples situations. Le citoyen est en droit d’attendre du fonctionnaire de police à la fois une contribution active à sa sécurité et un traitement courtois. Le policier s’efforcera donc d’associer une disponibilité totale à un comportement personnel exemplaire. Il contribuera ainsi à rehausser l’image du service public dont il est le représentant ».

Dans la simple altercation évoquée ci-dessus, il y a déjà trois manquements à la règle.

Ce qui en théorie peut aller loin, si l’on se réfère à ce texte du Sénat.

« Les manquements à ses dispositions sont, d'après l'article 6, susceptibles d'entraîner des sanctions disciplinaires, voire pénales. »

25.11.2007

D'une grève à l'autre

Lille I, sciences et technologies. L'énorme campus est vide, abandonné. Pas de trace de vie. Les bâtiments défilent et s'entremêlent. La température,elle, saisit, le froid enveloppe et décourage. Sous la semelle la terre est molle, humide, elle accorche, entrave le pas.
 
 
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Le bâtiment apparaît, avec sa grande antenne. C'est ici que se réunit la coordination nationale étudiante. On croirait un bunker équipé pour communiquer en temps de guerre. A l'extérieur, deux vigiles tournent, sans fin, autour du bâtiment. De loin, leur allure et leur uniforme noir n'est pas sans rappeler la garde noire du DPS, croisée une semaine plus tôt au congrès du Front national à Bordeaux. Encore une fois, sécuriser les abords.
 
Mais les sécuriser par rapport à qui ? Les journalistes sont grâcieusement parqués dans la salle de "quarantaine". Belle image pour la démocratie, le pluralisme et la circulation des idées. Plus besoin d'aller dans quelque régime autoritaire d'un coin oublié de la planète. C'est à Villeneuve-d'Ascq, au sud de Lille, sur le campus de Lille I. Par les fenêtres, on aperçoit de nombreux étudiants. Une dizaine fument à l'extérieur. Pas de quarantaine pour moi, même si je traine un vieux rhume.
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Mon vieux rhume, au final, je préfère le trainer à la Gare Lille Flandres. Nous sommes dimanche, cela fourmille quand même.
La gare est toujours marquée par la grève. Marquée au son. Pas un bruit de train. Ordinaire pour un dimanche, moins lorsque c'était en semaine. Pendant la dizaine de jours de conflit, la gare était bondée, les filles d'attente au guichet démultipliées par rapport à la normale. Mais, comme ce dimanche, et magré le monde, il n'y avait pas de bruit. Pas ce fond sonor, pas ce ronronnement de train à l'arrêt, respiration sourde et mécanique, dont on ne s'apperçoit jamais autant de la présence que lorsqu'elle est absente.
Aujourd'hui, comme pendant la grève, la gare ne respirait plus. Mais c'est dimanche. On le sait parce que pendant les grèves des bénévoles se relayaient aux différentes entrées de la gare pour expliquer l'intérêt du mouvement. Aujourd'hui, ils ne sont plus là. Donc tout est normal.
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Les étudiants voulaient rejoindre les cheminots. Ils n'ont pas réellement pu le faire. Mais sont-ils de la même France du refus?
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12.11.2007

Quand le DAL s'enchaîne

 
Dimanche 11 novembre. D’un côté, une quinzaine de militants du Droit au logement (DAL). De l’autre côté de la route, le même nombre de policiers, immobiles.

Les militants, vêtus de T-shirts jaunes, s’enchaînent aux grilles de la préfecture de Lille, scandent leurs slogans dans un haut-parleur. La rue est vide. Seuls quelques passants attrapent au passage les tracts des hommes en jaune. Le but, soutenir les familles parisiennes de la rue de la Banque, et au-delà, appeler à une action directe du gouvernement. La manière, faire du bruit, troubler la quiétude d'une journée de comémoration.

Venu les soutenir, Yannick Lavenne, des Verts, prévient : "Le logement sera certainement un sujet de débat pour les municipales, même si la ville n’est pas directement compétente, cela se joue au niveau de la communauté urbaine. S’il y a avait une vraie volonté nous pourrions construire de véritables logements sociaux. On a une vraie marge de manœuvre, il faut l’exploiter. Aujourd'hui, pour pouvoir obtenir un logement social, il faut toucher entre 1,5 et 2 fois le SMIC. Ceux qui ne touchent pas cela sont vraiment dans la détresse ne peuvent pas y prétendre. Les collectivités locales et l’Etat ne construisent pas pour ces gens là." Selon lui, le nombre de dossiers en attente sur Lille s'élèveraient à 18 000, et à 30 000 sur la métropole.

 

Un chiffre à multiplier par huit sur la région entière pour Patrick D'Honte, Président du DAL-HLM pour la région Nord- Pas de Calais.

 
Arrivés vers 15 heures, les militants du DAL sont repartis peu avant 17 heures. Un hommes de la préfecture s'est approché d'eux : "Le mieux à faire pour vous est d'envoyer une lettre lundi, il n'y a vraiment que cela. Maintenant je vous laisse cinq minutes." Une discussion s'engage entre les militants. La plupart enlèvent leurs chaînes. Un seul proteste, avant de se libérer et de s'exclamer : "Le préfet, lui, dort tous les soirs au chaud, et mange tous les jours de la viande. Il faut qu'il comprenne que ce n'est pas le cas de tout le monde."
 
De son côté, la mairie de Lille revendique 1960 logement sociaux construit pendant les sept ans du mandat dde Martine Aubry. Elle projette d'entre construire 3 500 d'ici 2011. 
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